EMBUSCADE - Le Canard Enchaîné révèle dans son édition du jour les dessous de l'attaque des insurgés talibans qui a coûté la vie à dix soldats français lundi 18 août...
L'interprète afghan du bataillon qui disparaît le matin même de l'opération, quatre soldats français faits prisonniers au début de l'embuscade et immédiatement exécutés... Le récit de l'attaque qui a coûté la vie à dix soldats français publié ce mercredi dans le Canard Enchaîné remet fortement en cause la version officielle de l'état-major des armées françaises, répétée avec force par Hervé Morin depuis huit jours.
Première révélation, la disparition de l'interprète afghan qui devait accompagner la centaine de soldats français en opération, quelques heures seulement avant le départ. «Le simple bon sens aurait dû conduire ses chefs à craindre qu'il n'ait alerté les insurgés de l'arrivée de cette patrouille», écrit Claude Angéli, qui cite des sources proches de l'état-major. L'opération n'a pourtant pas été reportée.
Des hélicoptères pour la sécurité... d'Hamid Karzaï
On sait que neuf soldats français ont perdu la vie pendant les premières minutes de combats, les talibans bénéficiant de l'initiative et de l'effet de surprise. L'hebdomadaire satirique va plus loin, et affirme que quatre militaires auraient été faits prisonniers dès les premiers instants et immédiatement exécutés, une version évidemment moins glorieuse pour le haut commandement français.
Il précise également que les deux uniques hélicoptères Caracal en Afghanistan sont affectés «à la protection du président afghan Karzaï.» Les autres griefs ont déjà longuement été évoqués : manque de renseignements et de moyens aériens, non-survol de la zone avant la reconnaissance au sol, inefficacité de l'armée afghane dont la coalition internationale a assuré la formation et qui a fui dès le début des combats.
Le ministère de la Défense dément
Sollicité par 20minutes.fr, le général Christian Baptiste, porte-parole du ministère de la défense, dément point par point les informations du Canard Enchaîné. «Le jeune interprète afghan s'est non seulement présenté le matin, mais il a aussi accompagné nos soldats jusqu'au col et a été tué dans les combats.» Selon le général, «tous nos soldats sont morts en combattant, ils ont fait face aux insurgés et ils en ont tué beaucoup.» Quant à l'armée afghane, elle ne compte que deux blessés car «elle était en contrebas, au niveau d'un village, et donc moins exposé aux attaques que nos soldats.»
Le général Baptiste est revenu sur les dires du général Stollsteiner, commandant de la force de l'Otan dans la région de Kaboul et qui a estimé dimanche que le commandement avait «péché par excès de confiance» lors de la préparation de la patrouille : «Après un tel drame, on se pose forcément des questions, et le général Stollsteiner s'est posé ces questions à haute voix. Mais la planification était conforme aux protocoles.» L'armée française n'a donc rien à se reprocher? «C'est la première fois que nous subissons une attaque concertée en Afghanistan, et nous nous sommes faits surprendre. Nous devons retrouver la capacité de connaissance et d'anticipation pour que la surprise soit de notre côté.» En clair, développer le renseignement.
Une note quasi-prémonitoire
Le Canard Enchaîné produit enfin un «retour d'expérience», note militaire pour améliorer la qualité des opérations, du lieutenant-colonel Benoît Desmeulles et datée du 4 mai 2008. Elle est quasi-prémonitoire. Cet officier de la Légion étrangère était chargé de l'encadrement des forces afghanes dans la région de la Kapissa, où ont été envoyés récemment 700 soldats français et très proche de la vallée d'Uzbin où s'est produite l'embuscade. Il explique que «des offensives dans les vallées sensibles donneront sans aucun doute lieu à des affrontements aussi violents que nombreux»... On connaît la suite. Un point d'interrogation majeure concerne la préparation de l'armée française à cette opération de maintien de la paix, désormais considérée comme une guerre. Ce qu'elle a toujours été.